*Pourtant, on y trouve des prodiges et des surdoués ..
 

Quoique diverses , on entend rarement parler des maladies psychologiques dans les médias ou dans la rue en Tunisie et encore moins au quotidien dans les cercles les plus étroits tels que la famille . 

Le tunisien nie, naturellement ,tout lien avec les maladies de toutes sortes et notamment psychologiques car associées étroitement à la folie, dans sa tête. Une mentalité empoisonnée qui induit quelques parents en erreur en ignorant inconsciemment quelques symptômes apparents chez leur enfant, des symptômes de la trisomie 21 par exemple ou celle de l’autisme qui est par définition, un ensemble de troubles du développement humain caractérisé par une anomalie au niveau de l’interaction sociale et de la communication . 

Afef Khammassi, orthophophoniste, indique que l’enfant autiste vit dans son propre monde et s’y plait car il s’épanouit dans sa solitude. On peut reconnaître un enfant autiste par son regard vague et fixe et par des stéréotypies qui sont tantôt verbaux comme répéter les mêmes mots ou créer son poropre langage ; tantôt gestuels comme taper sa tête sur le mur, jouer avec sa main en effectuant des mouvements répétitifs ou encore décortiquer et assembler les morceaux d’un jouet .

Le rôle de Mlle Khammassi est d’aider l’enfant autiste, qui commence parfois à parler très tard, à exprimer ses demandes et à communiquer avec son entourage afin de pouvoir s’intégrer dans la société. Elle trouve alors que la première étape de rééducation est celle d’éloigner l’enfant de la télévision et de l’inscrire dans un jardin d’enfants dans le but de communiquer et de jouer avec les enfants de son âge .

Les enfants intégrant les écoles, pour Afef, ont besoin d’une Auxiliaire de Vie Scolaire ( AVS ) et c’est une personne qui assiste l’enfant autiste d’une manière particulière en même temps que son professeur en classe en plus de la tâche principale des parents qui consiste à travailler sans arrêt sur son comportement .

Insistant sur le fait que les causes qui sont à l’origine de cette anomalie restent mystérieuses, elle suppose qu’elles pourraient être génétiques pour quelques cas comme environnementales pour d’autres .

Souffrance d’une mère

Mme Othmani, fonctionnaire et parente de Farah qui est autiste, a compris que sa fille souffre d’une anomalie quand elle l’appelait par son prénom et qu’elle ne la regardait pas dans les yeux, elle avait deux ans à ce moment là. Après avoir rendu visite à une généraliste qui lui a fait comprendre que sa fille était saine physiquement mais probablement atteinte d’une maladie mentale; et après avoir reçu des confirmations des pédopsychiatres que c’était bel et bien la maladie de l’autisme, la souffrance de la mère a commencé . 

N’ayant pas compris les raisons qui ont fait que sa fille soit devenue autiste, Mme Othmani a raconté qu’elle n’a pas arrêté de se documenter et de lire tout ce qui se rapporte à cette maladie en insistant sur le fait qu’il ne faut pas seulement être instruit et cultivé pour comprendre son enfant mais aussi présent, aimant et attentionné . 

Elle a ensuite tout fait pour soigner Farah qui avait déja presque quatre ans en essayant toutes les nouvelles méthodes de rééducation. A six ans, La mère n’a même pas pensé à inscrire sa fille dans une école primaire “normale” parce qu’elle était consciente que sa fille n’allait pas pouvoir suivre les cours, comprendre le professeur et s’entendre avec ses camarades de classe. Elle l’a alors inscrite dans une école spécialisée avec des enfants souffrant du même problème .

Manque d’encadrement

Mme Othmani aurait tant aimé pouvoir mettre sa fille avec des enfants “ normaux “ de son âge car ceci, pour elle, va l’aider à s’améliorer et à communiquer plus rapidement qu’elle ne le fait avec des autistes comme elle .

Elle blâme, ensuite, les responsables et directeurs d’école qui refusent non seulement que l’enfant soit accompagné d’une personne qui l’assiste en classe ( AVS ) mais en plus que ce même enfant y soit inscrit car, d’après eux , il est classé “handicapé” .

Tout ça est inadmissible et inacceptable pour Mme Othmani qui pense que ces même enfants marginalisés et exclus sont une richesse pour la Tunisie et pour tous les pays du monde  et qu’ils doivent être traités autrement puisqu’ils sont surdoués et prodiges. Elle voudrait que ces enfants qui excellent généralement chacun dans un domaine précis, comme le cas de Farah, soient pris en charge pour aiguiser leurs dons car ils sont des futurs génies .

Elle propose par ailleurs de leur fournir un minimum d’attention en laissant ces enfants bénéficier d’une AVS dans les écoles normales pour ne pas se sentir rejetés et écartés de la société et en consacrant des centres spécialisés qui les aident à réviser leurs cours avec des différentes activités d’intégration .

 

20% des consultants en 2014 sont autistes

 

Selon Pr. Asma Bouden , chef du service Pédopsychiatrie à l’Hôpital Razi à Tunis,  9% des consultants en 2009 présentaient un trouble du spectre de l’autisme . Au bout de 5 ans , le nombre des enfants autistes a augmenté et s’est élevé à 20% des consultants en 2014 . 

Pour la question d’intégration des enfants autistes dans les écoles “normales”,  Pr. Bouden trouve que c’est le rôle des parents de batailler pour trouver d’abord une école qui accepte l’inscription de leur enfant et pour trouver ensuite une AVS qui puisse le prendre en charge car il nécessite des soins spécifiques .L’environnement n’intéresse pas l’enfant autiste , il n’apprend pas d’une manière spontanée ; il faut donc le pousser d’une façon active à réagir . Elle enchaine pour indiquer qu’en effet , la meilleure façon de régresser est de le mettre dans une école avec des enfants souffrant du même trouble que lui car il va tomber dans l’imitation négative. Il est alors beaucoup plus intéressant pour lui de côtoyer des enfants “normaux” et apprendre à communiquer avec eux afin de prendre leurs comportements pour exemple .

Pr. Bouden trouve que quelques établissements font quand même des efforts du moment où ils acceptent que ces enfants y soient inscrits après avoir étudié le dossier d’intégration pour besoin spécifique , et qu’ils soient accompagnés d’une auxiliaire de vie scolaire ; “La mentalité commence à changer et le tableau n’est pas si noir que ça “ a-t-elle commenté .

Une dizaine de milliers d’autistes sont parmi nous et le support de l’Etat tunisien , même s’il constitue un pas important , est infime. Certes , ils ne représentent pas une majorité écrasante, mais méritent de vivre avec les droits basiques tels que le droit à l’école sur de bonnes bases et le droit à la santé.

Malek Jomni, étudiante en deuxième année Licence Appliquée en Droit Public à la Faculté des Sciences Juridiques, Politiques et Sociales de Tunis.

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