Startup Xperience est l’intitulé donné à une série de rencontres organisées par le Cogite Coworking Space. Ce projet vise la mise en relation de l’entrepreneur Tunisien avec le reste des acteurs extérieurs, en particulier ceux qui veulent se lancer dans le domaine entrepreneurial.

Cette semaine, Sarah Toumi, une entrepreneuse sociale de 29 ans est venue prendre part à une de ces rencontres. Son parcours hors du commun, lui a valu d’être classée parmi les 30 entrepreneurs de moins de 30 ans par le magazine Américain Forbes, et de gagner le Rolex Award. Première Tunisienne à se distinguer avec ces deux accomplissements.

Pourtant, pour elle, le plus important à partager, n’était pas l’aboutissement ou la réussite elle-même, mais les commencements el les premiers balbutiements de ses projets.

Leadership et apprentissage précoce

Née et élevée en France, Sarah, à découvert, dès son enfance, les conditions de vies pénibles de son pays d’origine à travers le village natal de son père : « Bir Salah » en pleine région rurale de Sfax. Là-bas, elle a aussi été impressionnée par la solidarité de cette petite communauté. Un contexte qui allait marquer à jamais le parcours de cette jeune activiste, l’ancrer d’avantage dans une vision sociale et la prédisposer au métier d’entrepreneuse sociale.

Cependant, elle n’a jamais rêvé d’en devenir une. Des années auparavant, elle préférait encore être astronaute. Un rêve qui grâce au soutien de son père n’a jamais été considéré comme impossible ou irréalisable, car « il y a une solution à chaque problème » avait-elle dit.

Des solutions ingénieuses et innovantes

Fruit de ce dévouement et de cette détermination, un projet associatif familial est lancé en 2004. C’était dans le cadre d’un partenariat avec des maisons d’édition en France. Il s’articulait autour de la distribution de stock de livres non vendus, qui, au nombre de 375 000, allaient être incinérés. La distribution a bénéficié à des bibliothèques sur tout le territoire Tunisien « de Ain Drahem à Tataouine »

En 2008, sa participation au congrès mondial des jeunes tenu à Québec, lui a fait découvrir un nouveau monde et de nouvelles opportunités : les « jardins partagés », les « régies de quartiers »… De nouvelles modalités d’organisations qu’elle aurait voulu introduire en Tunisie, mais vu les difficultés que cela représentait à l’époque, elle s’est vu contrainte de se limiter au travail en France.

« Dream » est donc devenu un incubateur de projets qu’elle avait lancé là-bas, et qui entre 2008 et 2012 avait accompagné plus d’une soixantaine de projets initiés par des étudiants en vue de créer un « double impact » social et environnemental.

Le retour aux sources

Suite au décès de son père et à la fin de ses études en France, elle a pris la décision de revenir en Tunisie, et plus précisément à Bir Salah, qui pour elle est une miniature de la Tunisie avec toutes ses qualités, et ses contradictions. Ce qui s’est avéré être en lui-même un avantage, car il lui a permis d’apprendre en cours de route et à travers un travail progressif l’entrepreneuriat.

Son capital était sa croyance en la capacité de l’esprit humain à créer les bonnes solutions et « transformer les défis en opportunités ».

Pour commencer, il fallait mobiliser les communautés pour faire face aux problèmes qui leur étaient les plus handicapants : d’abord l’éducation, soutenir la scolarisation à travers l’encadrement des jeunes.

Ensuite, le problème de l’employabilité des femmes en milieu rural, qui devait s’adapter aux contraintes de leur mode de vie afin de pouvoir être intégrées dans la vie active.

Enfin les défis environnementaux, la désertification étant toujours banalisée, car la plupart pensent qu’elle ne concerne que les villes du sud, et les oasis tels que Tozeur. Mais en réalité, ce phénomène touche la plus grande partie du territoire Tunisien jusqu’à la ville de Siliana. Se trouvant également accentué par de mauvaises habitudes, comme l’excès d’utilisation des pesticides, créant donc un cercle vicieux qui s’attaque à tout l’écosystème économico-social sur le long terme.

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Vers un nouveau modèle de développement

Pour remédier à cela, « Acacias for all », son dernier projet a adopté une méthode systémique pour court-circuiter ce cercle vicieux : en aidant les agriculteurs à s’adapter aux conditions climatiques, ils leur permettent d’avoir des produits de meilleure qualité, puis de les transformer dans des usines locales, créant de l’emploi, commercialisant les produits en Tunisie et à travers le monde, engendrant des bénéfices, pour ensuite les réinvestir en partie pour réalimenter à nouveau ce circuit qui institue un modèle de développement durable.

Ce modèle est bâti grâce à une « vision 2050 » qui inclut l’instauration de « programmes de restauration des sols », la création de « chaines de valeur durable » ou unités de transformation durables, et surtout la création de passerelles avec les investisseurs et les commerçants.

Une démarche bien étudiée

Pour concrétiser le projet, « Acacias for all » dispose aujourd’hui de 14 ambassadeurs dans diverses régions pour pouvoir identifier les potentiels collaborateurs. « Je ne suis pas la seule, beaucoup essayent de faire quelque chose en Tunisie. »  Mais généralement ces contributeurs manquent de visibilité. « Aller les chercher et les rassembler » pour poursuivre une volonté commune tel est l’objectif fixé par Sarah Toumi.

Le travail se répartira en trois étapes : une phase de sensibilisation (lutte contre la désertification, déforestation) puis la formation des agriculteurs en techniques de restaurations des sols. Et enfin la création du centre de recherches : North African Climate Lab.

Le financement autonome à partir des prix qui lui ont été octroyés ont permis une recherche plus innovante et « out of the box », car  « Acacias for all » ne reçoit aucun subvention, ni étatique ni de la pat d’un autre organisme.

Le Lancement d’un MOOC ( Massive Open Online Course ) est en cours de préparation pour répondre au besoin des personnes intéressées par le projet mais qui, faute de contraintes de moyens financiers, et de temps, ne peuvent pas prendre part aux formations.

L’enjeu environnemental

Sur un autre plan, mais tout aussi environnemental, les pépinières à la disposition de l’administration des forêts finissent parfois par être jetées, faute de nombre suffisant de personnes qui en demandent pour les plantations d’arbres. Mais en réalité, il ne s’agissait pas d’un manque de volonté, selon Madame Toumi, mais plutôt d’un problème d’accès à l’information.

Et comme toujours, c’est la société civile qui assure le rôle de liaison avec le grand public, ce fut l’esprit à travers lequel a été fondé le projet « One million trees in Tunisia ». Un projet qui sert de médiateur, de vecteur à travers des compagnes ouvertes, et ce, afin de faire la mobilisation nécessaire.

Mais le but prédéterminé a été réparti sur un ensemble d’années pour pouvoir réaliser « doucement et progressivement » le nombre d’un million d’arbres, à commencer par 100 000 pour l’année 2016. Un cap qui a été facilement dépassé !

Conseils aux futurs entrepreneurs sociaux

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Sarah Toumi, atteinte de la « passion de entrepreneuriat social », a enfin prévenu ceux qui veulent se lancer dans des projets semblables des débuts difficiles auxquels ils pourront être confrontés, du découragement de l’entourage, et d’un contexte plutôt défavorable.

La clé est la persévérance, car une « start up » nécessite entre deux et trois ans pour arriver à réussir. Et il est de la nature des choses pour un projet de prendre du temps avant d’aboutir. Elle conseille aussi de ne pas écouter les gens « qui ne savent pas », et plutôt de se bien entourer.

Parfois « se fermer les oreilles et avancer » en croyant en soi, en son projet et en sa vision est la clé de la réussite. Et surtout ne pas désespérer au premier obstacle car des défis, tout le monde en a connu. Cette entrepreneuse cite l’exemple de Mohamed Yunus, un pionnier de entrepreneuriat social et lauréat du prix Nobel de la paix, qui a été délaissé et viré par son propre pays le Bangladesh.

Le plus important en cours de route est aussi être flexible, évoluer en fonction du contexte, et donner sans rien attendre en retour.

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